L’esprit d’Assise souffle jusqu’au Japon

Nous ne nous doutons pas en Europe que le train du dialogue interreligieux passe par le pays du soleil levant. Ce pays plutôt uniforme sur le plan de la diversité religieuse et ethnique en est pourtant une gare centrale à travers quelques-unes de ses personnalités. Parmi celles-ci, Nikkyo Niwano, fondateur de la secte de laïcs bouddhistes Rissho Kosei Kai (le terme secte, concernant les branches du bouddhisme n’a pas la consonance négative que nous pouvons lui donner a priori).

Rare non-chrétien invité à participer, en tant qu’observateur, au concile Vatican II, dont nous avons fêté les 50 ans ces jours-ci, Nikkyo Niwano fut touché par l’esprit d’ouverture dont fit preuve l’Eglise catholique à cette occasion-là. A la suite d’une rencontre particulièrement décisive avec le pape Paul VI, le Japonais prit une part active dans la création d’une entité rassemblant les différents leaders religieux du monde. En 1970, la Conférence mondiale des religions pour la paix (abrégée en Religions pour la paix) était née. Sa branche japonaise continue aujourd’hui de tenir un rôle prééminent, notamment en ce qui concerne l’Asie.

Ainsi, un groupe de chefs religieux sri-lankais participaient le 26 mars dernier au 30e anniversaire du comité féminin de la Rissho Kosei Kai. Le Sri Lanka a connu quarante années de guerre civile. La rébellion tamoule a rendu les armes officiellement en 2009 et la paix est encore fragile. L’enjeu est énorme de réunir les dignitaires bouddhistes, chrétiens, hindous et musulmans pour discuter du rôle qu’ils ont à jouer ensemble face à ce défi.

Nous avons rencontré Megumi Wada, 44 ans, membre de la Rissho Kosei Kai, qui travaille pour la branche japonaise de Religions pour la paix.

Comment est né votre engagement dans le dialogue interreligieux ?

A 14 ou 15 ans, j’ai vu un film sur les activités africaines de la Rissho Kosei Kai. Ensuite, j’ai eu des enseignements sur la vie du Bouddha. Ces deux éléments m’ont accompagné dans ma décision d’activer l’empathie dans mon quotidien. Petit à petit, j’ai compris le dialogue interreligieux comme faisant partie de ce chemin de paix. Les activités de la Risso Kosei Kai m’ont amené au dialogue interreligieux.

Un livre à propos de l’islam et de la situation au Proche-Orient m’a motivée à étudier l’islam. Pour comprendre ce qui se passait en Palestine, en Irak, j’ai suivi des études islamiques à l’université de Tokyo. Une année au Caire m’a permis d’étudier l’arabe. Le monde musulman est très loin de nos réalités japonaises. Je voulais comprendre ses mystères.

Quelles sont vos actions au sein de Religions pour la Paix ?

Nous sommes huit dans le comité à organiser et coordonner des actions autour des réfugiés, du désarmement… Il y a trente ans, nous commencions en envoyant des couvertures en Ethiopie à la demande du gouvernement japonais. Aujourd’hui, nous avons une cinquantaine de projets en lien avec les Nations unies, des ONG et des gouvernements.

Au niveau local, un de nos programmes est notamment de travailler avec les burakumin, l’équivalent des intouchables en Inde. Ils sont victimes d’une certaine ségrégation ici au Japon. Même si la situation s’est améliorée, le travail continue. A l’étranger, nous coopérons avec des associations locales. Au Liban, nous avons un programme de formations professionnelles. En Palestine, nous avons construit une école pour des enfants sourds dans la zone de Gaza.

Lequel de ces projets vous tient le plus à cœur ?

C’est difficile de choisir ; tous sont importants. Evidemment, que des personnes de religions différentes travaillent ensemble sur l’application des droits de l’Homme pour les personnes vulnérables est important. Si nous coopérons, nos voix deviendront plus importantes dans la société. Travailler, comme corps interreligieux sur le désarmement et la réconciliation est très important.

Au Japon, j’ai eu la responsabilité du comité pour les réfugiés. Il est très important pour moi. L’instruction pour les enfants afghans représente beaucoup.

Qu’est-ce que votre tradition peut apporter aux autres traditions ?

Nous proposons un espace de rencontre. De plus, la Rissho Kosei Kai est un regroupement de laïcs. Nous vivons au cœur de la société. Les actions de terrain sont donc particulièrement importantes.

Quelles limites au dialogue rencontrez-vous ?

Beaucoup de limites et de problèmes ! Les différentes traditions religieuses ont naturellement différents points de vue sur certaines choses. Après le séisme de 2011, la question nucléaire créait des divergences que ce soit entre les traditions religieuses mais aussi au sein de ces traditions. Les bouddhistes comme les chrétiens ne sont pas tous d’accord entre eux. A Religions pour la paix, nous ne pouvons arriver à un accord sur cette question et, par conséquence, nous ne pouvons mener ensemble une action commune. Nous avons donc prévu d’organiser une conférence avec des religieux, des experts, des gens venant des zones affectées. C’est très difficile de s’accorder sur des controverses. Si nous n’avions qu’une religion, ce serait plus simple mais être obligé d’échanger est notre force ! Nous devons dépasser ces limites.

Une autre limite est les freins au sein de chaque tradition. Les limites du dialogue interreligieux est le dialogue intra-religieux. Nous échangeons avec des gens intéressés par le dialogue. L’enjeu aujourd’hui serait d’échanger avec des gens qui ne sont pas intéressés par cet enjeu du dialogue !

Nous devons travailler toujours plus en tant que corps interreligieux pour forcer ceux qui ne croient pas au dialogue à s’intéresser à notre travail. Nous ne travaillons pas encore assez !

 

 

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2 réponses à L’esprit d’Assise souffle jusqu’au Japon

  1. Cordier Pinpin dit :

    Bravo, Anne-Laure et Fred,
    Je ne prends pas souvent le temps d’aller voir votre site et vos articles mais c’est FORMIDABLE et source d’Espérance pour le monde même si on voit combien c’est difficile le dialogue inter-religieux et je retiens, …intra-religieux! quand les peersonnes n’ont pas envie de s’ouvrir, bardés sans doute par leurs certitudes, leurs règles , leurs lois qui sécurisent.
    Mes pensées chaleureuses s’envolent vers vous, avec la prière de tous les hommes et femmes de bonne volonté.
    Je suis sûre que ce voyage vous aura changés.,mûris, transformés. Ce doit être énorme comme expérience. Rendons grâce,
    Pinpin

  2. Rabih dit :

    Le Japon ne cessera pas de m’étonner… ainsi que les fruit de la rencontre religieuse pour la paix à Assise. Je n’ai jamais entendu parler de la Rissho Kosei Kai auparavant, mais je suis heureux de savoir que ses membres ont fait un programme de formations professionnelles dans mon pays le Liban & qu’ils ont construit une école pour des enfants sourds en Palestine. J’ai l’impression qu’ils font un travail formidable éclairés par une intuition formidable. Ca me rappelle le verset de l’Evangile suivant: « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. » Jean 3, 8