« Sois le changement que tu veux voir dans le monde »

Perché sur les hauteurs surplombant la vallée de Krishna, Asia Plateau est l’un des deux centres de l’organisation Initiatives et Changements (l’autre se trouve à Caux, en Suisse).

Voilà dix jours que nous sommes en Inde. Nous en attendions des couleurs, des odeurs. Nous voulions retrouver les sens laissés de côté dans le pays précédent. Nous n’avons pas été déçus ! En Inde, narines et oreilles sont sollicitées en permanence. Pour le meilleur et aussi pour le pire, comme ce moment où Anne-Laure a malencontreusement plongé son pied jusqu’au mollet dans le caniveau plein d’une substance composée d’urine et de défécation, pour ce que nous avons pu en conclure…

Jamais nous ne sommes seuls. Les Indiens sont partout, tapant, hurlant, klaxonnant, vous dévisageant, ou ne faisant rien. Nous avons parfois l’impression d’être pris dans un tourbillon et de ne pas avoir le temps de souffler entre les trains, les bus, les rickshaws…

Jusqu’à arriver à Panchgani. Ce village se trouve dans l’état du Maharastra, à trois heures de route de Puna – la porte à côté à l’échelle indienne ! C’est là qu’Initiatives et Changement a son centre asiatique : Asia Plateau. Premier étonnement : le lieu est d’une propreté irréprochable. Second étonnement : on entend le chant des oiseaux ! Cela peut paraître étrange mais c’est la première fois que nous rencontrons chacune de ces conditions en Inde, alors réunies, est-ce un miracle ?

La dense végétation révèle à peine les trois massifs bâtiments qui composent le centre. Partout des bougainvillées égaient le lieu de leur dense violet. Les allées sont propres, pas un papier ne traîne par terre. Les premières personnes que nous croisons se déplacent lentement, se meuvent avec des gestes mesurés, nous saluent poliment, nous sourient, nous accueillent… Parmi les volontaires que nous rencontrons, beaucoup d’Indiens évidemment mais également deux Américaines, une Malaisienne, un Australien et une Coréenne. Nous sommes marqués par leur sens de l’hospitalité. Nous n’avions pas réussi à les joindre avant d’arriver mais la porte nous est tout de même grande ouverte. Et en même temps, nous sommes laissés complètement autonomes dans ce domaine immense. Nous nous lançons donc à la rencontre des 68 hectares, de la ferme et des jardins, de la libraire, des bureaux… 200 personnes peuvent y être hébergés et l’auditorium peut accueillir jusqu’à 400 personnes.

A l’écoute de notre voix intérieure

L’identité de ce lieu se nourrit de la diversité de chacune de ses pièces : là, la salle africaine, ici le salon australien, là encore, le séjour asiatique… La salle à la décoration la plus neutre est la salle de prière et de méditation. Au centre, des exemplaires des différents livres sacrés s’entassent. La grande baie vitrée surplombe les vallées avoisinantes. En entrant, on laisse ses chaussures. Des coussins et des petits tabourets attendent. L’invitation au recueillement ne peut être plus claire.

Des illustrations comme celle-ci tapissent les murs.

Une vingtaine de permanents d’Initiatives et Changements (IofC) résident là, se mettant au service de l’accueil et des sessions qui y sont organisées. Majoritairement hindous, on y retrouve également des chrétiens et des musulmans. Le slogan d’IofC ? « Sois le changement que tu veux voir dans ce monde », une parole de Gandhi. Cela tombe bien, Asia Plateau a été fondé en 1972 par Rajmohan Gandhi, le petit-fils du Mahatma. A la suite de son grand-père, Rajmohan Gandhi faisait le tour de l’Inde pour soutenir le développement villageois. A l’occasion d’un voyage en Europe, il a fait connaissance avec IofC dont les objectifs lui semblaient proches de la vision gandhienne : changer le monde commence par se changer soi-même.

Les deux mots clés de ce lieu sont au service de ce but : introspection et dialogue. Depuis plus de trente ans, des hommes et des femmes de toutes origines sociales, religieuses, nationales, expérimentent l’écoute de leur inner voice. « Ce que nous n’aimons pas dans la société, nous pouvons en assumer notre part », nous dit Soumya, l’une des volontaires. L’exemple le plus frappant est la question de la corruption : quelle intégrité assumons-nous dans nos vies quotidiennes ?

« Le seul tyran que j’accepte est cette petite voix au fond de moi » (Gandhi)

IofC encourage chacun à apporter sa contribution à la transformation du monde, à commencer par lui-même. Se prononcer pour le réarmement moral (son nom originel), l’organisation promeut les valeurs suivantes : honnêteté, pureté, désintéressement, amour. A travers le centre d’Asia Plateau, c’est particulièrement une lutte pour « un monde plus propre, plus calme, plus juste… »

Des salariés de Tata viennent pour quatre jours de méditation à Asia Plateau.

Quelques trente salariés du groupe Tata arrivent peu après nous pour une session de quatre jours. Pour nous, Français, quelle chose étrange que de voir une trentaine de managers, de différents endroits, se rassembler pour une session d’introspection ! Nous imaginons nos propres collègues à l’exercice… « Cette expérience d’un changement personnel donne à l’acteur une raison d’espérer que les choses peuvent changer. Et qu’il peut être acteur du changement du monde. Cela libère la personne et lui donne envie de partager cet esprit autour de lui », nous explique Prabhakar, le responsable du lieu. Il ajoute : « Asia Plateau sensibilise également au temps personnel, à l’écoute de sa « voie intérieure ».

Des sessions comme celle du groupe Tata se tiennent régulièrement à Asia Plateau sous le titre « Effective Living and Leadership ». Elles se concentrent sur différents aspects de notre société tels que l’éducation, la jeunesse, les questions économiques et de développement, la gouvernance, la famille, les enfants, l’environnement… Chacune d’entre elles se terminent par un temps de prière interreligieuse. Une demi-heure de silence est ainsi proposée chaque matin. Carnet en main, les participants sont invités à écouter leur cœur. « Si Dieu a fait l’homme avec deux oreilles et une bouche, c’est pour qu’il écoute deux fois plus qu’il ne parle », plaisantent les volontaires. L’inspiration vient, encore une fois, de Gandhi : « Le seul tyran que j’accepte, disait le Mahatma, est cette petite voix au fond de moi. »

Nous quittons Panchgani pour Bangalore, étape suivante. Pour rejoindre la capitale du Karnataka, nous prenons un bus de nuit. Un Bollywood hurle à nous casser les oreilles, la frénésie indienne se rappelle à nous… Les conditions ne sont pas toujours réunies pour écouter sa voix intérieure !

À propos de ALFred

fredofaith
Ce contenu a été publié dans Accueil. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à « Sois le changement que tu veux voir dans le monde »

  1. Rabih dit :

    Pourquoi je pense au petit Prince de St-Exupéry quand je lis tout ça? Merci les amis et bonne route.