A Ahmedabad, à l’école de la diversité

Frédéric était venu un mois à la la Mahatma Gandhi International School (MGIS) il y a tout juste dix ans, en février 2002. La fin de son séjour avait été marquée par d’importantes émeutes interreligieuses entre hindous et musulmans, plusieurs milliers de victimes étant à déplorer. Nous voulions donc absolument nous rendre à Ahmedabad revoir cette école et cette ville.

« Certains pensent que nous accueillons des enfants des bidonvilles pour une dimension caritative ou humanitaire. Pas du tout. Si un enfant sur cinq vient des quartiers pauvres d’Ahmedabad, c’est que la diversité fait partie intégrante de la pédagogie que nous proposons à la Mahatma Gandhi International School », lance Pascal Chazot. Ce linguiste et éducateur a fondé cette école à la fin des années 90 avec son épouse indienne Anju.

Certes, cette école un peu particulière d’Ahmedabad, dans le Gujarat, n’a pas comme objectif le dialogue mais les enfants scolarisés viennent de milieux différents. Religieux donc, mais aussi économiques, sociaux. De castes différentes même pour ce qui concerne les hindous. Ce qui n’a pas été sans poser de problèmes politiques à Pascal et Anju, au moment du lancement de l’école en 1996.

« La diversité est un principe de base de notre école. C’est une nécessité pour l’apprentissage. Diversité culturelle, socio-économique, culturelle mais, en Inde, ça vaut aussi dire diversité de caste. Même si ça n’existe plus légalement, ça reste très enraciné. Il y a eu des réactions très violentes. On s’est fait attaqué. Mais finalement, on a réussi, on a fait l’école. Et ça fait 14 ans. »

La  MGIS fait reposer son projet éducatif sur la pédagogie active, ou expérencielle. Dans cette pratique, l’activité entre les apprenants priment et les interactions sont le moteur de l’apprentissage. L’enseignant lui-même est un apprenant parmi les élèves. « Pour permettre à cette pédagogie active de fonctionner, il faut de la diversité qui amène la variété des points de vue et le débat, relance Pascal. S’il n’y a pas de diversité, il n’y a pas de débat : on est toujours d’accord avec soi-même. Si on parle avec son alter ego qui a la même culture, la même façon de penser, on va toujours être d’accord. La connaissance a besoin de la contradiction, a besoin d’être remise en question en permanence. »

Chacun sa place et tout le monde apprend ensemble

Minoo et Ravinder, enseignantes, croient « que chacun a sa place ». « Nous faisons attention à ce que chacun soit respecté dans son identité mais nous ne faisons pas d’éducation religieuse. En accueillant des gens de cultures différentes, nous faisons en sorte qu’ils apprennent les uns des autres. »

Le résultat de cette pédagogie active est visible sur les enfants que nous rencontrons. Ils sont d’une maturité étonnante. « J’ai fait beaucoup d’écoles différentes. Celle-ci est la meilleure : j’explore mes talents. J’adore le théâtre par exemple ! », s’exclame Ashini. Son enthousiasme est rejoint par celui de Srushti, Tanisha et Tejarvi : « On apprend à faire des podcats ! Nos amis, qui sont dans d’autres écoles, ,doivent apprendre par coeur des listes de vocabulaires… » « On s’ennuie pas : c’est interactif », surenchérit Harsimvran et Amish. « On pense par nous-même. On n’est pas jugé. »

L’apprentissage fonctionne par projets. L’élève participe de fait au processus d’apprentissage en étant placé en situation de résolution de problématiques. A la MGIS, les enfants gèrent ainsi eux-mêmes la cafétéria de A à Z : cuisine, budget, courses…

Et comme son nom l’indique, la Mahatma Gandhi International School promeut avant toute chose la non-violence. Pour Pascal Chazot, « s’il y a une valeur sur laquelle on peut construire, c’est la non-violence. C’est la pratique de la compassion ».

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