Adyan, plate-forme du dialogue interreligieux libanais

Lorsque nous sommes arrivés au Liban, nous avons tout de suite pris contact avec le P. Fadi Daou et Nayla Tabbara de la fondation Adyan, chaudement recommandés par Jean-Jacques Pérennès (Egypte). Si le Liban avait une plaque tournante du dialogue interreligieux, ce serait Adyan (« religions » en arabe), créée par Fadi, Nayla et trois autres personnes. Le P. Fadi nous a tout de suite donné les contacts d’une trentaine de personnes et d’organisations investies dans le dialogue au Liban. Lancée en 2006, Adyan a grandi très vite et est devenue incontournable sur cette question. Elle emploie aujourd’hui une dizaine de personnes au service de quatre départements : le programme scolaire, la production média, les recherches académiques et le département de solidarité. Petit tour d’horizon de cette entité suractive et passionnante !

« Lorsque nous avons créé Adyan, je voulais créer quelque chose qui soit de l’ordre de la rencontre, témoigne Nayla Tabbara, chercheuse en sciences des religions, cofondatrice d’Adyan et musulmane sunnite. Que les gens sachent que ce n’est pas que dans la tête mais aussi dans le coeur, quand on rencontre les autres. J’avais vécu quelque chose de très fort dans ce sens à Rome à l’occasion d’un semestre financé par une bourse du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, une bourse du Vatican, pour des personnes non-chrétiennes pour étudier la théologie chrétienne dans des universités vaticanes pendant un semestre. Ce fut une expérience très marquante. » « On a commencé par un petit programme dans les écoles. »

SEC « School education on coexistence »

Le travail se fait sur trois niveaux : le terrain, la création de module et la formation des formateurs.
Adyan travaille aujourd’hui avec vingt-et-une écoles. « Le partenariat se vit avec le ministère mais aussi avec les congrégations qui tiennent les écoles : chiite, druze, sunnite, catholique, etc. », explique Hoda, en charge de ce département. « On veut travailler sur l’ensemble du Liban. Le piège est de se concentrer sur Beyrouth. Nous avons quatre écoles sur Beyrouth, le reste est réparti sur tout le pays. »
Dans ces écoles existent des clubs de dix lycéens. La participation est volontaire et aucun quota n’est imposé : « On préfère qu’il y ait une diversité mais tant pis s’il n’y en a pas. Cela traduit la dynamique qu’il y a dans l’école. On se veut fidèle au terrain. Nous ne voulons pas d’une hypocrisie qui trahirait notre cause », précise Hoda.
Ces différents clubs utilise un module sur l’éducation au pluralisme religieux, à la citoyenneté et à la coexistence. Il est constitué de dix séances de formation, de deux réunions interclubs avec des activités communes (excursions de tourisme interreligieux national) et d’un grand événement de « visibilité » à la fin du projet. « Il faut que les jeunes aient la visibilité qu’ils méritent car ils font un travail de fond. »
Le module est composé de sessions de formations, avec un programme très détaillé et des objectifs pédagogiques. Les animateurs n’ont plus qu’à dérouler le programme !
Pour animer ce module, les écoles partenaires affectent deux enseignants, sur le mode qu’il plaît à l’établissement, volontariat ou désignation. « Le but est d’avoir des compétences qui émanent d’un développement personnel, raconte Hoda. Ils s’approprient le module plus qu’ils ne l’apprennent. »
« Notre grande réussite, c’est d’avoir pu convaincre les réticences des institutions, grâce à la réputation d’Adyan », se félicite la jeune druze. « Les tensions entre les différentes communautés musulmanes, chiite, sunnite, druze, sont en hausse. On a pu vaincre ça parce qu’ils connaissent notre travail. »
Hoda poursuit : « C’est ce que j’aime chez Adyan. Même si notre cause est le rapprochement des communautés, on ne nie pas la vérité vécue. Une des écoles se trouve dans une région qui était chrétienne mais qui devient chiite. La peur des parents chrétiens était au plus haut. Ils ne voulaient pas que leurs enfants travaillent dans le projet qu’Adyan proposait. Nous avons dit à la mère supérieure que nous comprenions, que nous ne pouvions obliger aucun enfant. Et que nous voulions travailler par l’exemple, quitte à travailler avec sept ou huit élèves au lieu de 10. Ces élèves peuvent constituer une preuve que ça peut marcher. »

Les recherches académiques interculturelles

Suite au succès du programme scolaire, Adyan souhaite intégrer l’éducation au pluralisme religieux et à la citoyenneté dans le curriculuum scolaire. « Nous avons commencé à travailler avec le ministère. Le travail sur la citoyenneté a été reconnu comme priorité nationale au Liban », raconte Hoda.  Nayla, responsable de ce département, ajoute : « Nous avons eu une réunion au ministère de l’Education, avec les différents représentants du ministère mais aussi les différents représentants religieux. C’est un long travail diplomatique qui prend du temps. Cela remplacerait les cours sur le fait religieux. Mais il n’y a pas de crispation. »
« Ce sont nos partenaires, poursuit Hoda. C’est un point très fort de notre stratégie. Nous n’allons pas à l’encontre de  ces organes religieux mais nous cherchons à travailler avec eux. Au Liban, sans leur accord, on ne peut de toute façon rien faire dans ce domaine-là. Mais on ne veut pas que ce projet à long terme soit basé sur notre propre vision des choses. On a lancé plusieurs recherches en parallèle. »
La première est une recherche de terrain qui a été confiée à l’institut Ipsos Stat sur le management de la diversité et de la citoyenneté dans la jeunesse libanaise. Pour Hoda, « cela permettra une analyse fine de ce qui se passe sur le terrain. » « Des milliers d’articles existent sur l’éducation au Liban, dont certains produits par nous. Très peu d’entre eux sont basés sur une analyse quantitative, empirique de ce qui se passe sur le terrain. On a voulu vraiment nous épargner des erreurs. »
Le professeur Antoine Massarah, chercheur et politilogue, mène une recherche théorique sur le concept de l’éducation citoyenne au Liban. Que signifie « éducation citoyenne » au Liban et que signifie « éducation au pluralisme religieux » ? Quels sont les composantes et les principes de cette éducation ?

Le département de solidarité

A côté de ces programmes liés au monde scolaire, Adyan finance des projets de développement communs à des associations religieuses de confessions différentes. Ces dons de 10 000 dollars sont au nombre de sept aujourd’hui. Pour Nassib, responsable de ce programme, « ce qui est important est que les communautés travaillent ensemble avec un objectif commun ».
Le premier objectif est de développer les interactions positives entre groupes confessionnels différents en faisant collaborer leaders religieux mais aussi tous les membres de ces groupes. Le second objectif est de prouver qu’une action commune apporte des bénéfices à tout le monde, notamment en communiquant autour de ces projets !
Les projets tournent autour de l’environnement (remplacement de sacs plastiques par des sacs écologiques), du tourisme (production d’un DVD sur les trésors locaux), la jeunesse (réhabilitation d’un terrain de jeu), etc.

La production média

Un dernier département produit des films qui sont des outils utilisés dans les autres programmes (les écoles donc mais aussi dans les formations pour entreprises ou ONG). Le premier film racontait la réconciliation de deux leaders chrétien et musulman au moment de la guerre civile. C’est également ce département qui a produit la version arabe du film Le pasteur et l’imam.

L'équipe d'Adyan, presqu'au complet.

Cette énergie déployée a fait d’Adyan un acteur incontournable du dialogue au Liban à tel point que tous les autres acteurs rencontrés lors de notre passage libanais nous ont avoué faire appel aux compétences de Fadi, Nayla et leur équipe pour leurs différentes activités respectives. Et en plus, c’est fait avec bonne humeur !

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