Quand les universités religieuses entrent en dialogue…

Des initiatives paraissent plus obscures, plus académiques et sont pourtant à la racine de l’engagement dans le dialogue interreligieux. C’est le cas de l’Organisation des universités et instituts religieux du Liban. Au sein de ce groupe, les recteurs de ces différents établissements se retrouvent depuis quinze ans.

Mardi 31 janvier, le bureau de l’Organisation des universités et instituts religieux au Liban se réunit. Sont représentées : l’Université Saint-Esprit de Kaslik (Usek, maronite), l’Institut Saint-Paul (maronite), le Near East Studies of Theology (Nest, protestant), l’Université Saint-Joseph (USJ, catholique latine), le Dawa University Institute for Islamic Studies (sunnite), Makkassed, Faculté de l’imam Ouzaï pour les études islamiques (sunnite), Beyrouth Islamic University (chiite). Quatre universités manquent à l’appel ce jour-là (Université La Sagesse, maronite, Université du Proche-Orient, baptiste, l’Université antonine, catholique latine, et l’Université Ahmed el-Hajj, chiite).

Au programme de la rencontre : élection du nouveau bureau, budget 2011-2012 et surtout réanimation des rencontres. L’organisation d’un colloque est en discussion. Le thème envisagé : « La culture du dialogue ». La dizaine de représentants présents discutent des intervenants possibles.

Arriver à l’évocation d’un tel colloque n’est pas une mince affaire. Cette organisation revient de loin. Ses activités ont été mises entre parenthèse suite à l’assassinat du président Hariri en 2005 et des troubles qui s’en sont ensuivi au Liban (conflits communautaires, guerre avec Israël, bombardements). Retour sur quinze années de dialogue interreligieux universitaires, au rythme des conflits humains…

Au milieu des années 1990, sur les braises encore chaude de la guerre civile, des responsables universitaires libanais s’appellent au téléphone. Ils sentent qu’il est en partie de leur responsabilité de construire la réconciliation. Petit à petit, ces rendez-vous téléphoniques se muent en rendez-vous physiques.

En 1997, pour la première fois, une vingtaine de recteurs d’universités et d’instituts religieux du Liban se rencontrent à Beyrouth. Les contacts sont informels au départ. Tous manifestent une bonne volonté pour aller vers des rencontres bilatérales. Tous les deux mois, à tour de rôle, chiites, sunnites, maronites, melkites, etc. reçoivent leurs homologues. « Les réunions se faisaient une fois chez les uns, une fois chez les autres, pour habituer les membres de l’université à voir au sein de leur établissement des représentants d’autres religions », raconte le P. George Khawam, recteur de l’Université maronite Saint-Paul.

Les premiers temps, le programme des rencontres est rythmé par l’établissement d’une charte commune. Ce n’est qu’en 1999 que cette charte sera signée. Elle établit un règlement interne avec une règle essentielle : l’égalité du nombre dans les commissions. Une quinzaine d’instituts, universités et facultés sont représentés.

Une fois la charte signée, l’Organisation des universités et instituts religieux du Liban est prêt à lancer son premier colloque national. Ces trois jours de rencontre, accueillis par l’Unesco a pour thème : « Les mass-médias et le rapport à la religion ». Chefs religieux, universitaires et professionnels des médias échangent pendant trois jours. Ce colloque est la base de nombreuses rencontres ultérieures. Un pas supplémentaire est alors franchi : « Nous sommes passés d’un colloque de professeurs à un colloque d’étudiants », témoigne le P. Khawam.

Des dizaines de rencontres universitaires se succèdent jusqu’en 2005, parfois dans une université musulmane, parfois dans une université chrétienne. Des professeurs manifestent le désir de se joindre aux étudiants. Tous les rencontres prennent fin par un toast. « Ce n’est pas qu’intellectuel, il faut que ce soit également convivial. » Le pas suivant est l’échange de professeurs. Un professeur musulman vient enseigner dans un institut chrétien et vice-versa.

Et puis l’année 2005 est arrivée. Hariri a été assassiné. La guerre avec Israël est déclarée. Le pays a peur. Des universités sont touchées par les bombes. Certains membres du groupe sont décédés, d’autres quittent le pays, d’autres encore ont été déplacés. Les activités sont arrêtées pendant trois ans. Il faut tout recommencer à zéro.

Ce n’est qu’en 2009 que les activités reprennent. De nouvelles personnalités rejoignent le groupe. Le rythme est encore doux mais la volonté commune de se rencontrer, elle, n’a pas cessé. « D’une rencontre bimensuelle, nous sommes passés à une rencontre semestrielle. C’est assez peu. Avant, nous pouvions prévoir des activités différentes : rencontres d’étudiants, échanges de professeurs, etc. Aujourd’hui, c’est assez embryonnaire. »

Un cours commun a tout de même été créé entre un institut maronite et une université chiite. Pour mettre en place ce programme, les deux établissements ont fait appel à la fondation Adyan. Sous leur initiative, une session de formation commune s’est tenu en décembre 2011 sur « l’herméneutique (interprétation) des textes sacrés ». Un professeur chiite est venu donner des cours aux étudiants maronites et un professeur maronite est allé expliquer comment lire et interpréter un texte biblique aux élèves chiites. Une activité reste en suspens : la rencontre entre les deux classes (une quinzaine d’étudiants de chaque côté), suspendue par le mauvais temps.

L’élection d’un nouveau président pour une période de un an lance de nouvelles perspectives et de nouveaux projets. La mise en place d’une « culture du dialogue »…

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