Dans les pas de Soeur Emmanuelle, à la rencontre des Zabalines du Caire

Ahmed nous conduit à travers les rues défoncées d’Ezbet el-Nakrel, quartier déshérité au nord du Caire. Les passants nous dévisagent. Ils y a des lieux du Caire que côtoient les touristes et il y a Ezbet el-Nakrel, où croiser des occidentaux relève de l’impossible. Surtout en manteau rouge et bleu…

Les déchets jonchent le sol, Ezbet el-Nakrel est la poubelle du Caire. La misère est criante. Je n’ai rien vu d’aussi terrible depuis ma visite des bidonvilles de Manille, en 2006. Ahmed nous a guidé au coeur de ce quartier où nous avons rejoint Emile et Nevine. Nous sommes chez les chiffonniers. Soeur Emmanuelle avait donné une identité à ces hommes et ces femmes qui vivent du recyclage. Et ces enfants. Ils arpentent les rues du Caire et ramassent les ordures. Ils ramènent tout ici et font le tri : ce qu’ils peuvent garder, ce qu’ils peuvent revendre, ce qui est irrécupérable.

Le mot « zabaline » vient de l’arabe « zebali« , qui signifie « ordures« . La majorité vit dans la misère, en faisant ce travail dépourvu de toute précaution sanitaire, au contact des germes, des gaz toxiques, etc. Il y a encore quelques années, ils étaient aidés dans leur tâche par une armée de cochons qui avalaient ce qui étaient irrécupérable. Ils ont tous été égorgés en deux jours sous prétexte d’une épidémie de grippe porcine (mais n’était-ce pas plutôt l’opportunité de la part d’un gouvernement corrompu et clientéliste de gagner un peu du soutien des fondamentalistes musulmans ?).

Ce quartier était, au début, entièrement habité par les chrétiens, puis peu à peu y sont venus des musulmans, un peu plus de 10% aujourd’hui. On y trouve, également, beaucoup de personnes de la Haute-Egypte, surtout d’Assiout, en fuite de conflits, parfois religieux. La prise en charge scolaire est un problème endémique pour l’Egypte. Le pays est trop jeune : pas assez de classe, pas assez de profs. Les écoles fonctionnent avec un roulement. Le matin, la moitié des élèves viennent, et l’après-midi, la seconde moitié. Ceci lorsque le roulement ne se fait pas par trois ou quatre ! Alors, dans un quartier comme Ezbet el-Nakrel, lorsque les enfants ne sont pas à l’école, ils traînent au milieu des détritus, lorsqu’ils ne sont pas une aide pour leurs parents.

Le père Luciano Verdoscia, combonien, a créé avec Ahmed deux centres scolaires. Les enfants qui vont en classe le matin y viennent l’après-midi, et inversement. Ils sont pris en charge par une équipe pédagogique qui les fait progresser, réviser, les tirent vers le haut., et leur donnent, inch’Allah, la possibilité de s’en sortir autrement qu’en triant les poubelles.

Luciano : « Le projet se base sur une idée simple : aider les enfants à grandir en leur offrant un lieu sain alternatif et utile où ils peuvent être suivis. Nous ne voulons pas nous substituer aux institutions présentes : familles et écoles. Si les enfants sont dans une situation précaire, il serait bon qu’ils restent au contact de l’ambiance familiale, qui représente la base affective la plus sûre. L’école est une institution qui dépend directement de l’Etat. Elle peut avoir cependant des carences, parfois graves, mais c’est une réalité présente et c’est nécessaire de la soutenir, afin qu’elle grandisse et s’améliore. »

Les cinq piliers sont donc l’assistance après-école de professeurs locaux, un repas complet, une période d’activités pratiques, une période récréative ainsi que la possibilité de se laver et d’acquérir une hygiène personnelle. Luciano, Ahmed et leur équipe avait d’abord commencé dans le quartier du Mokkatam, autre quartier de chiffonniers. Ils ont dû déménager dans ce quartier d’Ezbet el-Nakrel face à la corruption de l’administration locale qui les rackettait. Ils ont donc créé ces deux centres, l’un spécifiquement pour les enfants chrétiens (il est dans l’enceinte d’une église copte), el Azra ; le second ouvert aux enfants chrétiens comme musulmans, Horus. Chaque centre reçoit 200 élèves. La scolarisation d’un enfant dans l’un de ces centre coûte 144 euros, tout compris (locaux, salaires, etc.)

Les locaux dans lesquels nous accueillent Ahmed, avec Emil, Nevine et Sadria, sont vétustes, sommaires… « Pourquoi, lorsqu’il s’agit de nos enfants, aurait-on envie de tout le confort et pour les plus pauvres on se contenterait du plus sommaire ? », interroge, provocateur, Luciano. Le prêtre italien voit les choses en grand : un ingénieur allemand, spécialiste du photovoltaïque est en visite au Caire. L’association va construire deux nouveaux bâtiments, à deux pas des centres existants. Et ces bâtiments seront énergiquement autonomes ! Le père Luciano prévoit même les filtres à air ! Le but est d’offrir le meilleur aux enfants chifonniers et Luciano espère pouvoir accueillir d’ici quelques années des volontaires occidentaux. Aucune ONG ne laisserait vraisemblablement ses volontaires s’installer à Ezbet el-Nakrel aujourd’hui.

Après cette matinée au coeur de l’indicible, nous repartons, sûrs, que nous ne pourrons plus dire, à la suite de Soeur Emmanuelle, « Yalla ! » de la même manière.

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Une réponse à Dans les pas de Soeur Emmanuelle, à la rencontre des Zabalines du Caire

  1. MARTZLOFF CATHERINE dit :

    Mon prénom est Catherine et au mois d’Octobre je vais avec l’association OPERATION ORANGE DE SOEUR EMMANUELLE visiter une journée Mokattam à la rencontre de Soeur Sara, je penserais à vous