Jeunes et jolies. Mais pas que…

Nous retrouvons Nomi et Hannah dans un restaurant kasher de Manhattan, à l’ombre de la gare centrale. C’est le lundi de la semaine de Pessah, la Pâque juive. Voici deux demoiselles que beaucoup de choses rapprochent : jeunes, jolies et volontaires. Un sourire ultra-bright en permanence accroché à leurs visages, Nomi, la fille de rabbin et Hannah, la fille de pasteur, expliquent leur engagement commun dans la Fondation Tony Blair.

Comme tout politicien qui quitte le pouvoir, Tony Blair a, en 2008, créé sa propre fondation en déménageant du 10, Downing Street. Son combat : le dialogue interreligieux. L’un des buts de cette fondation est de “contrer l’extrémisme religieux dans les six grandes religions” (bouddhisme, christianisme, islam, hindouisme, judaïsme et sikhisme, selon la fondation). Il était donc légitime qu’à un moment donné, nous croisions sur notre route des membres de son organisation. Quel ne fut pas notre étonnement de rencontrer deux jeunettes de 24 et 22 ans !

L’un des programmes de la fondation Tony Blair est d’“inspirer et mobiliser” les croyants à s’engager pour les Objectifs du millénaire pour le développement, et notamment en ce qui concerne le combat contre le paludisme.

17 paires de jeunes à travers le monde promeuvent la collaboration interconfessionnelle

Nomi et Hannah, rigolardes. Comme d'habitude...

Après un mois de formation, 34 jeunes de huit traditions et de cinq pays différents se sont donc retrouvés à Londres à l’été 2011 avant d’être envoyés dans leurs villes d’origine. Parmi ces jeunes, Hannah et Nomi, à New York, donc. “L’idée, c’est des paires de jeunes de religions différentes, travaillant ensemble à la mobilisation des communautés religieuses d’une ville donnée vers les Objectifs du millénaire pour le développement”, explique Nomi, l’aînée des deux. “De notre côté, nous travaillons à New York, notamment avec une association sikhe, United Sikhs.”

“Notre travail combine dialogue et action, ajoute Hannah. C’est important de ne pas juste parler sans agir ou d’agir sans partager. Nous apprenons les uns des autres, de nos différences et de nos similitudes religieuses…” Ces belles intentions se concrétisent à travers quatre mots : éducation, service, dialogue et levée de fonds (pour la lutte contre la famine et le paludisme).

Chaque mois, Hannah et Nomi réunissent neuf femmes, de cinq traditions religieuses différentes, pour échanger sur un livre traitant de l’oppression féminine dans le monde. “Nous travaillons aussi avec des lycéens. Ces sikhs, musulmans et hindous viennent du même quartier dans le Queens et débattent ensemble.” “Pas les uns contre les autres”, la coupe Hannah, rigolarde. Nomi reprend : “En tant que minorités, ces communautés subissent souvent des préjudices, ici à New York. L’idée, c’est de leur montrer ce qu’elles ont en commun. Ce programme aide les jeunes à se connaître et à constater qu’ils peuvent être alliés et pas ennemis. Et pourquoi pas amis ?” Cet objectif se double d’un autre, plus pédagogique : développer les compétences orales des jeunes : “Leurs parents sont des immigrés. C’est donc un bon moyen pour eux d’utiliser leur voix et participer à un débat public.”

Le lendemain, Nomi malade, Hannah seule nous introduit à cette rencontre. La journée a lieu à l’International Debate Education Association (Idea), dans le Lower East Side de Manhattan. C’est en lien avec l’Idea et avec l’Interfaith center de New York que la fondation Tony Blair, par l’intermédiaire de Nomi et Hannah, mène ce projet. Dans une salle très 18e siècle, aux teintes sombres et aux moulures au plafond, une grande table mastoque traîne au milieu de la pièce, assez moche à vrai dire. La rencontre est menée par Aditi, une jeune volontaire de l’Idea. Hannah représente la fondation Tony Blair. Dans un coin, Kevin Childress, de l’Interfaith center, que nous rencontrerons plus tard. Deux adultes de la communauté hindous sont également présents.

Une trentaine de gamins de 15/16 ans participent, très studieux ; ils lèvent le doigt avant de parler, s’écoutent. Ils sont envoyés par leur communauté mais, mis à part les garçons sikhs qui portent le turban, il est difficile de savoir qui appartient à quelle tradition, tous provenant du sous-continent indien. Certains portent fièrement le T-shirt du livre qui fait l’objet de la rencontre du jour, Securing Liberty de Davis Cole.

"Securing Liberty"... Tout un programme

Des équipes de trois, un sikh, un hindou, un musulman, argumentent sur des questions de l’Amérique post-11-Septembre. Kiru, une jeune hindoue, remplit son questionnaire avec attention. Le polycopié est intitulé “A changed America : Changes post 9/11” (“Une Amérique changée : les changements après le 11-Septembre”). La discussion porte sur les bouleversements apportés par les attentats de 2001, ce que cela a changé en négatif, certes, mais en positif aussi. Les adolescents citent tour à tour : “une discrimination plus importante”, “des contrôles renforcés”, mais aussi “une plus grande unité dans le peuple américain”, “plus de sécurité sur le territoire”, etc.

Franche camaraderie ou amitié spirituelle ?
Retour à notre rencontre de la veille autour d’une salade de fruits kasher avec Nomi et Hannah. Pourquoi deux jeunes femmes s’investissent-elles à temps perdu dans cette cause ? Ne pourraient-elles pas profiter du bon temps ? “Pendant quatre ans, j’étais dans un lycée très laïc, très libéral (au sens américain du terme), explique Nomi. Avoir une identité religieuse n’était pas quelque chose qu’on y partage facilement avec d’autres. Je me languissais de ma foi. Cette année me donne l’opportunité de lui donner une place plus centrale dans ma vie.” Elle poursuit : “Mon père est rabbin. J’ai grandi dans une communauté juive très impliquée dans les questions de justice sociale. J’ai toujours su que je voulais en faire mon métier. C’est très lié à mon chemin de foi.”

De son côté, Hannah a grandi avec des amies bosniaques. “Elles étaient musulmanes mais nous ne parlions pas religions, alors même que ma maman est pasteur. Nous ne parlions pas non plus du conflit, là-bas chez elles (en ex-Yougoslavie).” Et puis le 11-Septembre est arrivé. “Ça a changé beaucoup de choses aux Etats-Unis. A la fac, j’ai commencé à étudier l’islam au Moyen-Orient, le colonialisme, la langue arabe.” Hannah a passé un an au Maroc. “C’est ce qui a commencé à me conduire vers le dialogue interreligieux. Et puis est arrivée l’opportunité de rejoindre la fondation Tony Blair.”

Lorsque nous leur demandons si au cours de la formation qu’elles sont suivie l’été précédent, elles ont appris sur les différentes religions, Nomi répond : “Bien sûr. Mais on a surtout appris les bases du dialogue interreligieux.” “Dans tout travail interreligieux, la première chose est de dire qui on est, reprend Hannah. “Cela a été très dur d’apprendre à résumer sa propre foi. Pour moi, dire ce que c’est qu’être chrétienne a été un grand défi. J’ai découvert mes doutes, mes manques de connaissance qui sont autant de parts de mon identité spirituelle.” Elle rigole. “Mais cela m’a conduit à en apprendre plus, à articuler mes croyances. Cela a été formidable de grandir ainsi dans ma propre foi.”

Ce qui relie les deux jeunes femmes dans leur travail à la fondation Tony Blair, c’est le sens qu’elles y mettent. Nomi y trouve le bonheur d’“être en relation avec d’autres personnes, qui font la même chose également pour des raisons spirituelles” : “On ne parle pas seulement de résoudre des problèmes, d’édifier des plans ou des stratégies mais également de la signification que cela a pour nous, de nos motivations…” En entendant ces mots, nous comprenons pourquoi leurs échanges semblent si profonds. Le sens qu’elles mettent dans leur travail ensemble ne pouvait que déboucher sur une amitié particulière, une amitié spirituelle !

Nomi ajoute : “nos fois et nos spiritualités peuvent nous réunir plutôt que nous opposer. Il y a tant à apprendre les uns des autres si nous créons l’espace pour la rencontre et que nous avons le courage d’entamer la conversation.” Ce sur quoi Hannah enchérit : “L’ignorance ne tient plus. Le premier pas pour la combattre est de se regarder face à face et d’apprendre. Chacun peut le faire. Ce n’est pas si difficile que ça !”

Et, comme depuis le début de notre entrevue, elles partent d’un grand éclat de rire rafraîchissant. Elles nous quittent, pressées, une rencontre interreligieuse les attend, la première de la semaine…

Nous sortons du restaurant avec Eve, une amie, troisième faith-trotteuse qui nous a rejoints une dizaine de jours. Elle n’en revient pas ; son silence en dit bien plus long que sa bouche, dont aucun mot ne sort d’ailleurs. Nous nous rappelons, grâce à son regard émerveillé, que, malgré ces mois de voyages, il nous faut ne jamais nous habituer à l’extraordinaire de nos rencontres…

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3 réponses à Jeunes et jolies. Mais pas que…

  1. tack helene dit :

    quel bon sens….
    bien sûr, apprendre le dialogue inter – religieux en sachant au préalable qui on est
    cela laisse songeur de bon sens et d’intelligence
    extraordinaire rencontre
    merci de nous la partager
    amitiés
    hélène de villeneuve d’ascq sous la pluie le 3 juin

  2. Rabih dit :

    J’ai bcp été touché par les paroles de Nomi & Hanna. L’une affirme que « l’ignorance ne tient plus »: quel audace (bénie)!
    L’autre parle de trouver le bonheur d’être en relation avec d’autres personnes qui font la même chose pour des raisons spirituelles. Ces jeunes parlent de la découvertes de motivations communes qui donnent du poids à leur recherche de sens, voir plus encore, de la confiance en soi… Comme quoi l’union spirituelle fait la force!