Le top 3, ou comment relire cinq premiers mois de voyage

Cela fait cinq mois que nous sommes partis de Villeneuve d’Ascq. Nous avons déjà traversé huit pays (Italie, Tunisie, Algérie, Burkina Faso, Egypte, Liban, Irak, Inde), en sommes au neuvième en Malaisie. Tous ces pays connaissent des réalités diverses mais aussi des énergies bien présentes, étonnantes, vivifiantes. Mais parfois trop méconnues…
Avant de retrouver fin avril notre article sur la Malaisie, vous pouvez trouver ci-après une autre manière de relire notre parcours à ce jour… Et de vous partager ce que nous appelons désormais « le quotidien extraordinaire » !

LES TROIS MOMENTS « VOILA CE POUR QUOI NOUS SOMMES VENUS »

La rencontre d’Assise, Italie
Le monde s’était donné rendez-vous ce jeudi 27 octobre dans la basilique Santa Maria degli Angeli, à Assise. Sous nos yeux défilent les dignitaires religieux invités pour l’occasion par Benoit XVI. Pour ce grand jour, chacun a revêtu sa tenue la plus belle … un patchwork pacifique haut en couleurs !

L’amitié entre Marie et Lina, Liban
« Marie is my best friend! » Ce cri du coeur de Lina restera gravé dans notre mémoire. 20 ans auparavant, une haine indéfectible aura dû lier ces deux femmes. Au lieu de ça, patiemment, années après années, elles ont construit leur amitié. Et l’organisation Linaltaqi (« Rencontrons-nous » en arabe) qui réunit des femmes musulmanes et chrétiennes.

Le camp des enfants d’Offre Joie, Irak
Après huit jours avec les chrétiens persécutés d’Irak à désespérer avec eux de leur situation, à pleurer avec eux leurs cicatrices, à appréhender l’autre si différent et surtout si menaçant, retrouver les jeunes animateurs d’Offre Joie, cette organisation libanaise, venus encadrer un camp d’enfants irakiens (de Bagdad), musulmans et chrétiens, a été une bouffée d’air frais après huit jours en apnée. Même là où il semble ne plus y avoir d’espoir, il y a toujours des artisans qui œuvrent !

Nous aurions pu aussi citer :
- Les témoignages des migrants subsahariens à Alger (association Rencontre et Développement)
- le récit de Rony, victime d’un attentat en Irak ;
- l’amitié entre le père Jean-Jacques, dominicain et Amr, fils d’imam au Caire ;
- l’échange avec Abderrazak Sayadi, universitaire tunisien, spécialiste de la réforme luthérienne ;
- la discussion sur la politique, la religion, Ben Ali, la Révolution tunisienne, sur l’avenue Bourguiba avec José, père blanc, discussion que nous n’aurions pas pu avoir au même endroit quelques mois plus tôt ;
- le témoignage de Hamid, jeune musulman recueilli par le père Jan ;
- le bélier de Pama, cadeau des villageois aux dirigeants locaux d’Air Liquide en remerciement de leur contribution financière au projet de développement de leur village.

LES TROIS MOMENTS ‘COUPS DURS’

Première altercation à Tunis
Une broutille, certainement, était au départ de cette dispute. Mais très vite s’est posé la question tant redoutée : allions-nous tenir jusqu’au bout ? N’est-ce pas une folie que de mettre son couple à l’épreuve du monde ? Il a bien fallu que nous rangions notre rancœur pour continuer la route … encore longue à cet instant.

Le mariage de nos amis Airelle et Yann, depuis le Burkina Faso
Le 17 décembre, deux amis proches se marient, une trentaine de nos amis les entourent notamment. Ils se marient dans le froid du Nord, pour nous il fait plus de 30°C. Dans un café, à l’ombre d’un Père Noël en plastique, nous tentons à tout prix de leur faire parvenir un message vidéo. L’’anti-paludéen que nous prenons depuis plus d’un mois maintenant, nous rend particulièrement irritables. Nous nous obstinons plus de 8h pour faire parvenir la vidéo par mail, seul moyen pour nous de leur redire notre amitié. En vain. Le réseau Internet burkinabé en aura décidé autrement…

Au détour d’une rue de Jaipur, Inde
Au début de notre séjour indien, nous nous octroyons la visite des places célèbres que sont Agra (et son fameux Taj Mahal !) et Jaipur (la ville rose). Mais notre mission nous rattrape et nous devons prendre un train de nuit pour Ahmedabad où nous avons une initiative à visiter. Au détour d’une rue peu éclairée, Anne-Laure soucieuse de là où Fred met ses pieds lui enjoigne de ne pas passer dans l’urinoir sur le trottoir, pourtant, seul endroit éclairé du passage ! Ce qui devait arriver arriva. Anne-Laure mit, elle, le pied dans le caniveau, jusqu’au mollet. Caniveau plein d’une matière difficilement qualifiable mais hautement odorante … Heureusement que le voyage donne un peu le sens de la débrouille ! Une bouteille d’eau sur un quai de gare et l’incident est vite oublié …

LES TROIS MEILLEURS REPAS AUTOUR DU MONDE

Brochettes de capitaine à La Cave du Petit Paris à Ouagadougou
Nous sommes arrivés la veille au Burkina Faso, pour l’anniversaire de Fred. Pour fêter cela, nous consacrons notre première soirée à une visite à ce petit restaurant recommandé par nos hôtes du moment, Anne et Ronan. Bien nous en a pris ! Nous qui n’aimons pas le poisson nous régalons avec ces brochettes de capitaine, spécialité locale, sans arrête, à la chair tendre. Les frites qui l’accompagnent sont les meilleures de tous les pays traversés à ce jour. Et le vin choisi ce jour-là, pourtant le moins cher, a régalé nos palais… Soirée inoubliable ! Si ce n’était les moustiques…

Pâtes aux broccolis à la nonciature du Caire
Les parents de Frédéric sont encore avec nous lorsque le nonce apostolique au Caire, Mgr Michael Fitzgerald nous fait l’honneur de nous inviter, en compagnie du P.Jean-Jacques Pérennès, directeur de l’Institut dominicain d’Etudes orientales (Ideo). Le repas fut à la hauteur de la gentillesse de nos hôtes rivalisant de zèle pour nous ouvrir leurs carnets d’adresses. Il faut dire que Mgr Fitzgerald est l’ancien préfet de la Congrégation pontificale pour le dialogue interreligieux. C’est à partir de ce déjeuner-là que nous avons modifié notre itinéraire, choisissant de prendre la route du Japon au lieu du Vietnam.

Les mezzes libanais partagés à Em Nazih

Une explosion de saveurs ! Nous avons réunis quelques amis libanais, certains que nous connaissions avant, d’autres que nous avons rencontrés à cette occasion. Les mezzes composent un repas idéal pour un moment de convivialité et de partage. Ce fut l’occasion d’échanger avec un ami druze sur sa religion, de parler de belles voitures, de l’essentiel et du superficiel… Un vrai moment d’amitié, en définitive. Nous maîtrisons maintenant le vrai taboulé libanais. Hors de question de manger du taboulé en boîte désormais !

LES TROIS RAS-LE-BOL DU AU VOYAGE

Les vêtements
Pour voyager léger, nous avons fait attention à prendre le minimum… Chacun de nous n’a que deux tenues. Pas question de surcharger les sacs dans lesquels il n’y a de toute façon plus de place ! Remettre en permanence les mêmes tenues pratique et passe-partout nous pèse ! Nous rêvons de nos tenues quotidiennes française (un jean !), être un peu class ou coquets, notamment lorsque nous rencontrons des gens d’une certaine stature. Mais le voyage est un apprentissage de la pauvreté … vestimentaire !

Le zapping relationnel
A peine sommes-nous entrés en relation qu’il nous faut déjà reprendre la route. Partager sur la question de la foi nous emmène parfois très vite et très loin dans la relation. Nous connaissons parfois peu nos interlocuteurs mais savons que ces rencontres nous transformerons à jamais. Bien des fois, nous avons eu les larmes aux yeux de partir trop tôt … jusqu’à l’heure de la rencontre suivante. Mais nous avons désormais la certitude que « notre maison, c’est le monde ». Mais le voyage est un apprentissage de la frustration !

Les rabatteurs de Louqsor
Cela aurait pu être d’autres. Mais c’était le summum. Globalement, être occidentaux dans les pays que nous traversons nous expose aux regards. Surtout en tant que femme. Cela va de la simple curiosité à l’incitation agressive à l’achat… Nous ne sommes pas habitués à être autant au centre des attentions. Anne-Laure s’est pris une fois ou l’autre pour l’une de ces stars qui font les unes de magazines … Nous qui sommes davantage dans une position d’observateurs devons forcer notre nature…  Mais le voyage est un apprentissage de la patience !

LES TROIS SEQUENCES EMOTIONS

La naissance du petit Frédéric, Burkina Faso
En 2004, Anne-Laure était venue au Burkina Faso, à Tambiga, un petit village perdu dans la brousse, à trente kilomètres de Fada N’gourma (dans l’est du pays). Nous y retournons pour constater que, depuis, ce hameau n’a pas cessé de grandir. Nous visitons les nouveaux bâtiments construits depuis et assurant l’essentiel : le centre de soins, la pharmacie. Et la maternité. Une femme était en train d’y accoucher. Le petit garçon sera appelé Frédéric en hommage à notre passage.

Le récit de Rony, Irak
Vingt-et-un bus d’étudiants de Qaraqoch, une ville chrétienne du nord de l’Irak se rendaient à l’université de Mosul, quotidiennement. Un jour de mai 2010, en chemin, sept d’entre eux sont attaqués. Les vitres explosent, il y a du verre partout. Des centaines d’étudiants sont blessés. Nous rencontrons Rony, maintenant devenu séminariste, revenir sur le récit de ces heures d’épouvante. Il n’est pas une famille rencontrée lors de notre passage qui n’ait été touchée par ce drame. Seul le sourire intact de Rony peut encore nous faire croire à une vie possible après un tel drame…

Les retrouvailles avec Offre Joie, ONG libanaise retrouvée en Irak
Voilà sept jours que nous sommes en Irak. Nous avons passé tout ce temps avec les chrétiens d’Irak, syriaques et chaldéens. Nous avons écouté leur souffrance, nous avons pleuré en les écoutant raconter les attaques qu’ils ont subi. Et, avec eux, nous avons eu peur des musulmans. Et Offre Joie est arrivé. Nous traversons l’Irak dans un bus chargé jusqu’à la gueule et conduit par un chauffeur manchot qui répond au téléphone… Nous avons chanté, nous avons ri. Il est plus de 1h quand nous arrivons à Al-Qosh où nous attendent dans la nuit 36 enfants, chrétiens et musulmans avec qui nous passerons 24h. Oui, même où il semble ne plus y avoir d’espoir, il reste un brin d’espérance. « Une vertu qui se travaille », nous avait prévenu Mgr Fitzgerald.

À propos de ALFred

fredofaith
Ce contenu a été publié dans Accueil. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Le top 3, ou comment relire cinq premiers mois de voyage

  1. Rabih dit :

    Vous lire me fait voyager avec vous! Merci! Moi aussi j’ai les larmes aux yeux…

  2. dugas béatrice dit :

    Chers Amis,
    C’est bien intéressant de vous lire et ainsi de vous suivre dans cette aventure exceptionnelle. J’imagine aisément que le quotidien ne doit pas toujours être du confort non seulement physiquement mais psychologiquement (tjrs être dans l’accueil des autres et de son conjoint! sans compter de se heurter aux différences de culture et donc de fonctionnement pour démarches et …)
    Nous ne vous oublions pas….vivre la joie pascale avec ….ce doit être émouvant!
    Je vous embrasse
    Béatrice

  3. Perrine Barjou dit :

    Merci pour tous ces retours d’expériences réalistes avec le bon et le un peu plus dur.
    J’espère que vous vous êtes reposés en passant par la Malaisie.
    J’ai cru comprendre que vous faisiez une visite éclaire en France ce weekend, j’espère que vous allez tenir le coup. En tous cas savourez d’être un peu classe, durant ce mariage :) !
    Je vous embrasse tous les 2.